Conférence

L’histoire de la greffe d’organes

Présentée par Yves LEBRANCH

Professeur émérite d’Immunologie à l’Université de Tours. Membre de l’Académie Nationale de Médecine. Ancien chef de l’unité de Transplantation rénale au CHU de Tours. Ancien Directeur de l’unité de recherche EA 4255 « Cellules Dendritiques et Greffes ». Ancien Président de la Société Francophone de Transplantation. Co Directeur du Master National « Relations Hôte –Greffon »  

Présentation de la conférence

La greffe d’organes est une des plus grandes avancées médicales du vingtième siècle. Les civilisations les plus anciennes avaient imaginé des changements dans la morphologie du corps au travers de mythes et légendes. Au Moyen-âge, la Légende dorée de la vie des saints de Jacques de VOROGINE eut un immense retentissement dans la société chrétienne et le miracle de la jambe noire réalisé par Saint Come et Saint Damien inspira de très nombreux peintres italiens et espagnols, mais curieusement peu de peintres français. Mais ce n’est qu’au début du vingtième siècle que des pionniers lyonnais la rendirent envisageable, en particulier Alexis Carrel, prix Nobel en 1912, qui inventa la technique des sutures artérielles. Deux guerres mondiales plus tard, ce sont deux médecins français qui en donnèrent réellement le départ, René Kuss en décrivant la technique de greffe de rein dans la fosse iliaque, technique toujours utilisée par le monde entier, et Jean Hamburger en réalisant la première greffe de rein à partir d’un donneur vivant à Noël 1952. Cette greffe du rein de sa maman à un jeune homme insuffisant rénal a permis pour la première fois le rétablissement de la fonction rénale, malheureusement de façon transitoire en l’absence d’immunosuppression. Néanmoins le retentissement planétaire de ce miracle de Noël a suscité de nombreux travaux de par le monde, ayant permis la première réussite durable d’une greffe de rein à Boston en 1954 entre des vrais jumeaux, puis progressivement au début des années 60 avec des donneurs non apparentés. Cette réussite a été rendue possible par la découverte des antigènes d’histocompatibilité HLA par Jean Dausset, prix Nobel en 1980, des mécanismes des rejets et l’utilisation de médicaments immunosuppresseurs pour prévenir ces rejets.

La réussite des greffes de rein a entrainé la réalisation de greffes d’autres organes, le cœur en 1967 par Chris Barnard, le foie par Tom Starzl, le poumon, le pancréas, l’intestin et plus récemment les membres, la face, l’utérus. Actuellement plus de 6500 greffes d’organes sont réalisées chaque année en France, plusieurs centaines de milliers dans le monde, permettant aux patients de retrouver une vie normale après la défaillance d’un organe au prix, néanmoins, d’un traitement immunosuppresseur continu.